Mardi, 29. Mai 2012
Envoyer Imprimer PDF
Bookmark and Share

 Rafale-en-vol1Analyse – La question a le mérite d'être posée par le député François Cornut-Gentille dans l'un de ses récents rapport à l'Assemblée Nationale concernant le projet de loi de finances pour 2012. Grâce à six pages bien documentées, le député décrit principalement les dérapages du programme JSF américain et appelle à des réponses quant au futur de l'industrie aéronautique militaire française. Des réponses qui, quoiqu'il arrive, auront déjà un train de retard face à nos principaux concurrents sur ce marché que sont les Américains, les Russes et peut-être prochainement les Chinois. Contrairement à ce que l'actualité démontre sur la stratégie nationale vis-à-vis des drones, chacun est en droit d'appeler à une stratégie concrète et réfléchie (deux mots qui font peur mais soyons fous) pour le futur de cette capacité de défense stratégique.

 

 

Le JSF en quelques mots et chiffres

Au milieu des années 1990, les Etats-Unis ont lancé le programme désormais connu comme étant le F-35 JSF (Joint Strike Fighter). L'idée générale fut alors de créer un appareil apte à remplacer tous les avions en service dans l'Air Force, la Navy et les Marines. Tout comme le Rafale (copier sur les Français ? Jamais !), le F-35 deviendrait l'avion omirôle de cinquième génération américain. Afin de réduire au maximum les coûts, les Américains proposent alors à leurs alliés de participer à cette grande aventure. Nous ne reviendrons pas sur ce gigantesque dumping que nous avons écumé ces dernières années. Reste qu'aujourd'hui, le programme a totalement déraillé alors que l'avion pourrait représenter selon une commission du Sénat américain 95% de la capacité d'attaque des Etats-Unis.

Pour certains, le programme aura été trop orienté autour d'enjeux financiers et trop peu autour des risque opérationnels. A ce jour, alors que la production a commencé, toutes les incertitudes ne sont pas encore levées et on se demande parfois si l'avion ne va pas finir très rapidement avec une interdiction de vol comme son collègue, le F-22. Les Etats-Unis font ainsi preuve d'une grande audace afin de préserver leur avance sur le reste du monde, mais à quel prix ? Ne serait-ce finalement pas plus avantageux de prendre le temps de développer un avion plutôt que de se retrouver sans rien ?

Sur le plan financier enfin, la dérive a été gravissime puisqu'en 2010, on parlait d'un surcoût de 90%. Un chiffre revu à la baisse (60%) grâce au report de l'acquisition de 122 appareils spécifiques. Le coût de possession de l'avion est lui aussi sujet à discussions. Au Canada on parle de 148,5M$ par appareil quand la cour des comptes américaine parle, elle, de 131,5M$. Ceci à supposer que 2 457 appareils soient bien commandés. Inutile de rappeler comme les menaces d'annulations sont importantes pour des pays comme le Royaume Uni qui se mordent de plus en plus les doigts de s'être embarqués dans ce gouffre financier, pour l'instant sans fond.

rafale

Un nouvel avion piloté ?

Le fantasme autour des drones de combat est devenu assez courant dans les pays développés. Il est désormais permis de penser que les drones de combat furtifs (on n'est plus à ça près) seront le prochain fer de lance des grandes armées. Sur le principe pourquoi pas, mais il faut se rendre compte des délais. En France tout comme en Europe, le projet nEUROn "piloté" par Dassault Aviation fait figure de référence. L'Etat français y investit intelligemment (même si une participation privée aurait sûrement été appréciée) mais au-delà du roll-out, pas d'enveloppe de prévue. Si l'on ne doit pas s'en faire pour le nEUROn, il ne remplacera certainement pas les avions de chasse comme le Rafale. Il faudra en effet du temps avant que le drone ne soit au point, qu'il soit introduit à grande échelle dans les forces et qu'il évolue en fonction des besoins, en d'autre terme, avant que le concept d'atteigne une certaine maturité. Mais au-delà du délai d'introduction, pouvons-nous anticiper sérieusement une utilisation massive d'UCAV dans les prochaines cinquante années ?

L'idée d'une force hybride constituée d'UCAV et d'avions pilotés émerge alors et paraît plus raisonnable. Le successeur du Rafale sera dans tous les cas un avion omnirôle et capable de largement interagir avec des drones. C'est le cas du nEUROn et du Rafale. Dans les cartons de Dassault Aviation, une série d'améliorations pensées afin d'emmener le chasseur français vers la cinquième génération. Reste à financer tout ceci. Problème majeur en ces temps de crise, l'Etat n'est plus seul capable de fournir toutes les garanties. Il faut alors se tourner vers des contrats à l'export, vers de nouveaux partenaires. Pour cela, l'histoire du Rafale n'est pas brillante alors que le chasseur n'aura été développé que par la France et peine à se vendre à l'étranger.

Certains comme le député François Cornut-Gentille émettent l'hypothèse qu'un nouvel avion pourrait émerger du fameux accord de coopération franco-britannique en matière de Défense. Que ce soit Dassault ou son homologue britannique BAe Systems, le potentiel est clairement là. Mais la décision politique est-elle envisageable ? Difficile à dire (bye bye l'ami Nimrod). Pour le moment le Royaume Uni coupe de façon très ferme dans ses dépenses militaires. La France, elle, démontre son manque d'ambition et de stratégie comme encore récemment avec le choix du F-Heron TP dans les drones MALE. Mais comptons sur Gérard Longuet pour nous faire remonter la pente (blague).

vue-d-artiste-de-deux-patrouilles-mixtes-neuron-rafale

Tags: BAE Systems | Canada | Chine | dassault | Drones | europe | F35 | France | JSF | nEUROn | PAK FA | rafale | Royaume Uni | Russie | Snecma | thales | USA

Commentaires  

 
0 #9 PhotosLouisP 05-12-2011 19:11
Succession pour le Rafale, un des meilleurs chasseurs du Monde?
Cela me semble prématuré... Equipons déjà l'ensemble de l'Armée de l'Air et de l'Aéronavale avec ce fantastique appareil...

Sinon, est-il possible d'obtenir les photos qui illustrent cet article, en HD, quelque part?

Merci en tout cas pour cet article :)
Lp
Citer
 
 
0 #8 RE: Quel successeur pour le Rafale ?raf 03-12-2011 16:15
le rafale actuel va servir 40 ans, c'est le rafale NG tout simplement avec une grosse amélioration de la furtivité et de la guerre électronique, l'amélioration de l'optronique, l'assistance des drones d'assaut dérivant du démonstrateur neuron, le successeur du f22 a fait les même choix que les français, la gestion et la maitrise des ondes em. le rafale est petit, il va loin, il frappe fort et il fait mal, on a des problème pour le détecter ou pour le verrouiller. Le rafale actuel est une excellent base de développement pour son successeur, pour un investissement raisonnable et constant, puisqu'on a déjà fait les études pour cela grace au projet neuron.
Citer
 
 
0 #7 RE: Quel successeur pour le Rafale ?Kouak 01-12-2011 15:48
Un Rafale optimisé.
Certes encore plus cher qu'aujourd'hui. Mais tant qu'il est épaulé par un appareil plus simple et nombreux, un appareil d'attaque léger ou même un Jaguar du 21ème siècle, la structure de forces, et le volume d'appareils déployables n'est pas menacé.

Et de potentielles évolutions passent par la solution retenue pour rendre plus discret le F-15 et le F-18. Simple et modulaire.

Et la continuation des évolutions de l'avionique, après le contrat "Road map" de 2006. Amélioration du radar, de l'optronique, de la suite d'autoprotection, de la = suite de guerre électronique tant offensive que de renseignement...

Vu l'état des finances, c'est un doux rêve...
Il serait déjà bien d'offrir un rythme plus soutenu, environ 15 appareils par mois, le retrofit de l'ensemble de la flotte en F3, donc passage à l'antenne active, et installation d'un OSF bi voie sur tous les appareils. Notamment ceux de la tranche 2.
Citer
 
 
+1 #6 RE: Quel successeur pour le Rafale ?Rowhider 01-12-2011 09:04
Le véritable problème de la furtivité "physique" c'est que personne ne sait combien de temps elle sera efficace.
Les F117 sont aujourd'hui facilement détectés, lors de la Guerre du Golf II, les B2 ont également été détectés par les radars français et le F22 ne fait pas exception.
L'avantage du F22 est que les missiles actuels guidés radar ont du mal à l'accrocher.
C'est dailleurs pour cette raison que Russes et Européens s'étaient jusqu'à lors concentrés dans l'amélioration des perfs des radars plutôt que dans la "furtivité" physique.
Du coup, quel est la bonne solution: un type F22 hors de prix et donc inacceptable pour les finances d'un pays comme la France ou un type Rafale semi-furtif qui bien que cher reste dans le domaine du faisable?!
Citer
 
 
+1 #5 RE: Quel successeur pour le Rafale ?Kouak 30-11-2011 18:36
Il est vrai que le concept ultra-performant d'un F-22 n'a que peu de probabilité de faire usage de tout son savoir-faire. Mais sait-on jamais, pouvoir frapper le premier, sans être vu, depuis plus haut que son adversaire pourra se montrer utile à l'avenir.

Mais on peut adapter un tel concept. On peut installer l'armement dans des containers amovibles, compter plus sur le brouillage que les matériaux et la forme pour être discret, faire léger pour avoir des performances similaires avec moins de pousée...

Un drone de combat aérien implique, soit un programme de vol très complexe, donc cher, donc réduction de commandes, soit une liaison vers un pilote déporté, donc possibilité de brouillage et encombrement des ondes.
Un drone peut servir de porte-missile et ainsi augmenter le volume de feu, mais on se retrouve avec le même problème d'automatisation et de bande passante.

Le volume est surtout apporté par les appareils légers, certes non furtifs, avec moins de plafond, de vitesse de pointe, avec des capteurs moins performants, mais surtout beaucoup plus nombreux.
Citer
 
 
+1 #4 RE: Quel successeur pour le Rafale ?Rowhider 30-11-2011 17:42
Citation en provenance du commentaire précédent de Kouak:
Ainsi dans une telle structure de force, un appareil aussi pointu que le F-22 a tout son sens. Il est cher, certes. Mais parfaitement adapté à sa mission : la supériorité aérienne.


Certes il a sa place, mais la véritable question est: n'est-il pas sur-dimensionné par rapport aux besoins?!
Dans le cadre d'un chasseur de suprématie aérienne épaulés de drônes de combat aérien, ce qui compte au final ce ne sont pas les performances du chasseur maître, mais bien celles des drônes et des stratégies de combats mises en place. Au final, un vulgaire Mirage 2000D ferait tout aussi bien l'affaire à ce petit jeu!
Le chasseur piloté se transformant alors en "bureau tactique" volant!
Citer
 
 
+1 #3 RE: Quel successeur pour le Rafale ?Kouak 30-11-2011 15:32
Peut-on avoir le lien vers le document cité au début de l'article ? :P

Avant de parler du successeur du Rafale, on pourrait déjà concevoir un container et des réservoirs conformes, à l'image du Silent Eagle et du Super Hornet. Risque technologique limité, investissement limité et un bonus pour les ventes à l'export tout comme pour notre Armée de l'Air.
En plus, Dassault sera content avec un contrat pour ses bureaux d'études, sans qu'il y ait besoin de commander des appareils chez des pays dont le drapeau est blanc et bleu...

En résumé, un drone de combat tel que pensé pour le Neuron ou le X-47, c'est juste un missile de croisière réutilisable et plus versatile. Donc utile pour frapper loin chez l'ennemi ou pour ramollir sa défense aérienne...Un joli couteau suisse en somme.

Par ailleurs, pour ce qui est de frapper des sites de défense aérienne, la France pourrait aussi développer des éléments de SEAD, à partir du Spectra et de l'A2SM. A2SM pouvant par ailleurs être pourvue d'ailes pour augmenter son allonge et ainsi être hors de portée missiles sol-air.

Comme le dit Rowhider, une flotte d'appareils légers, un genre de petit F-16 ou de gros T-50/M-346, est largement suffisante pour amener des bombes au dessus du champ de bataille. Pour faire de la défense aérienne en métropole, aussi d'ailleurs.

En sus, on peut adjoindre des appareils comme le Bronco, encore moins cher à l'achat et en entretien. Bronco par ailleurs plus endurant qu'un jet, et qui peut servir dans les missions anti-guérilla bien sûr, mais aussi de surveillance tant terrestre que maritime, de transport léger, d'entrainement, de complément aux hélicos pour les appareils lents...

Ainsi dans une telle structure de force, un appareil aussi pointu que le F-22 a tout son sens. Il est cher, certes. Mais parfaitement adapté à sa mission : la supériorité aérienne.

Parce que si un drone peut certes encaisser beaucoup plus de G, du fait de l'absence de son pilote, c'est aussi son plus gros défaut. Un ordinateur ne peut innover comme le fait un humain. Pour paraphraser Viper, dans Top Gun : "L'Art du Combat Aérien". Et un ordinateur ne peut faire de l'art. De plus, le manque de manœuvrabilité de l'appareil peut être contrebalancé par un viseur de casque (absent par ailleurs du Rafale à contrario du Typhoon) et par des missiles hyper-agiles.
Citer
 
 
+1 #2 RE: Quel successeur pour le Rafale ?Ciceron 30-11-2011 14:53
Le rapport: http://www.assemblee-nationale.fr/13/budget/plf2012/a3809-tVII.asp
Citer
 
 
+1 #1 La 6ème générationRowhider 30-11-2011 12:53
Je me faisais justement une réflexion sur le sujet il y a quelques jours! Les grands esprits se rencontrent lol!
Entièrement d'accord avec votre analyse, pour moi la prochaine génération de chasseur sera beaucoup moins exposée aux combats que l'actuelle qui entre parenthèse l'est déjà assez peu => conf la guerre de Lybie.
Le prochain chasseur de suprématie sera un chef d'escadron de drônes, je ne l'imagine pas nécessaire furtif restant à bonne distance de la cible tandis qu'il coordonne les actions des drônes mais biplace avec une action prépondérante du navigateur. Finalement, son principal rôle de proximité pourra se limiter à l'éclairage de cible et à l'identification d'objectifs dans le cadre de l'attaque au sol.

Demain: quel marché pour les chasseurs de combat?
Les différents conflits récents, que ce soit en Lybie, Irak II, ou en Afghanistan ont démontré que l'aviation de chasse est inadaptée au contexte. Ces pays possédaient une chasse hors d'âge et presque inopérante, leurs défenses était constituée de SAM première génération.
Au final, une flotte armée d'Alfa-jet aurait tout aussi bien fait l'affaire pour la suprématie aérienne. Ce qu'il manque au contraire aux armées occidentales, ce sont des appareils de lutte anti-guerrilla, maniable, capable de manoeuvrer à faible vitesse du type OV-10 Bronco.

Si on prend par contre en exemple un potentiel conflit armé avec un pays du niveau de l'Iran, tout serait différent.
L'Iran possède le redoutable système de défense SAM3, qui d'après les simulations ne serait surmontable que par les appareils de génération 4+/5 à un niveau de perte acceptable.
Leur flotte est majoritairement composée d'appareils des années 70:
L'Iran possède également des F14 fournis avant l'embargo: dans quel état et avec quel armement
Ils possèdent des F4 Phantom
L'Iran a l'année dernière acheté toutes les cellules de Mirage III disponibles sur le marché.
Ils possèdent des Mirages F1 récupéré en Irak après la 1er guerre.
Et enfin, le plus dangereux adversaire: une petite centaine de Mig29

Pour ce type d'adversaires, je doute fortement que des drônes soient adaptés: L'aviation traditionnelle composée d'avion de type Rafale, Typhoon, Flanker, F/A18 & co semble la plus efficace.
Les capacités au combat aérien des drônes actuels sont aujourd'hui presque inexistantes, par contre elles pourront devenir redoutables à l'avenir.
En effet le principal avantage du drône étant l'absence de pilote, la limitation d'accélération placée à 9G devient de fait obsolète.
Les avions de combat actuels sont dimensionnés pour de désintégrer en vol au delà de 13G, il est facile de comprendre qu'un drône capable d'atteindre ou d'outrepasser cette limite serait un adversaire mortel en dogfight.
Citer
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir