Mardi, 23. Août 2016
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L'équipe indonésienne devant Proton-M (crédit : Khrounitchev)Alors qu’Ariane 5 vient de boucler cinquante succès consécutifs, le lanceur russe Proton-M a connu son troisième échec en dix-huit vols. Comme pour le précédent accident, survenu un an plus tôt presque jour pour jour, c’est l’étage supérieur Briz-M qui est en cause.

Le Briz-M est également utilisé, dans une version plus légère, sur le lanceur léger Rokot, l’équivalent russe de VEGA. L’année dernière, il a également enregistré un échec dans ce cadre là, qui a fait perdre un précieux satellite expérimental aux Forces armées russes.

Ces étages supérieurs, comme le reste du lanceur Proton-M, sont développés par l’entreprise Khrounitchev. Il est intéressant de constater que de tous les échecs récents, aucun n’a affecté un tir commercial commandé par ILS, le principal concurrent d’Arianespace. Cette dernière exige un contrôle qualité d’un niveau bien supérieur à ce qui se fait habituellement dans l’industrie spatiale russe, ce qui peut apporter un élément de réponse à bien des questions. Il n'empêche : ces échecs à répétition font s'envoler le prix de l'assurance pour un lancement sur Proton, et ILS en pâtit donc indirectement.

 

 

Les satellites de télécommunications que Proton transportaient avaient tous les deux été construits en Russie. L’un, Ekspress MD-2, était destiné à l’opérateur national russe GPKS (également appelé « RSCC », son nom anglicisé). L’autre, Telkom-3, était la propriété de l’opérateur indonésien PT Telkom.

Il constituait l’une des premières incursions de l’entreprise Rechetniev sur le marché de la construction de satellites commerciaux, en concurrence de grands groupes comme Astrium, Space Systems/Loral ou encore Thales Alenia Space. Le constructeur cannois fournissait d’ailleurs les transpondeurs pour Telkom-3.

Il est encore trop tôt pour parler des causes de l’accident, mais on sait d’ores et déjà que le troisième allumage du Briz-M s’est mal passé, puisque le moteur S5.98M s’est mis hors service au bout de seulement 7 secondes, alors qu’il devait fonctionner pendant 688 secondes.

La mission a donc été interrompue prématurément. Au total, ce ne sont pas moins de cinq allumages du Briz-M qui étaient prévus, pour une mission de plus de neuf heures. Le but était de larguer les deux satellites directement en orbite géostationnaire (GEO).

Pourquoi Proton place-t-elle ses charges utiles directement en GEO, alors que notre bonne Ariane 5 ECA se contente de les larguer sur une orbite de transfert (GTO) qui les oblige à continuer le voyage par leurs propres moyens ?

Tout simplement parce que Proton-M est bien moins puissante qu’Ariane 5. Pour y faire tenir deux satellites à la fois, il faut que leurs réservoirs soient quasiment vides. Ils n’ont donc pas la possibilité de rejoindre l’orbite géostationnaire eux-mêmes, et le Briz-M doit donc les y conduire directement.

Les Russes démontrent donc – si c’était nécessaire - que le lancement double, c’est bien, mais que disposer d’un lanceur adapté pour y parvenir, c’est mieux. En Europe, ce lanceur porte un nom : Ariane 5 ME.

Tags: Ariane 5 ME | Briz-M | Ekspress MD-2 | GPKS | Proton-M | Telkom-3

Commentaires  

 
0 #4 @RobertNicolas 28-08-2012 19:00
Merci de ce commentaire constructif (ça va quand même mieux quand on n'insulte pas les gens).

Il est vrai que le S5.98M et le HM7B n'ont pas le même rôle, mais il est incorrect d'écrire que le S5.98M ne participe pas à la mise sur orbite.
Pour la plupart des missions commerciales de Proton, c'est bien le Briz-M qui réalise l'injection, les trois premiers étages ne volant que sur une trajectoire balistique.

Pouvez-vous m'en dire plus sur cette histoire de rehaussement du BAF ?
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0 #3 RE: Echec (habituel) pour Proton-MRobert 28-08-2012 08:57
Le moteur S5.98M est un moteur d'étage orbital (kick stage) en l’occurrence ici le briz, qui n'est utilisé que lorsque le lanceur est déjà orbité et ne fait que des manœuvres orbitales. La poussée n’a (presque) aucune importance pour cela. Le moteur HM7B est un moteur d’étage lanceur, qui doit finir la montée du lanceur, et c’est pourquoi il doit être assez gros : 7t de poussée. Les moteurs du 3ème et dernier étage du lanceur Proton (moteur principal RD-0213 et moteur Vernier RD-0214) font 60t de poussée au total…

Il est évident que la probabilité de perdre un satellite sur Proton est bien plus grande que sur Ariane 5-ECA, et c’est la force d’Arianespace. Sauf que Proton a d’autres atouts, par exemple celui de mettre le satellite sur une orbite GTO optimisée pour chaque satellite (demandant moins de 1500 m/s de mise à poste GTO-GEO pour le satellite), qui peut faire gagner plusieurs mois de vie au satellite (voire années), et faire gagner plus d’argent à l’opérateur que le surplus d’assurance lié à sa moins bonne fiabilité. Proton fait de la GEO directe, des missions GTO-GEO (lancement double avec le satellite inférieur qui supporte le satellite supérieur), que ne fait pas Ariane 5 à cause du HM7B non rallumable.

D’autre part, Arianespace ne peut tirer que 6-7 gros satellites par an (satellites de 6t, dits de classe Proton), car chaque gros satellite doit être appairé avec un plus petit de 3t. Les autres doivent partir sur Proton. Cela serait super d’avoir une Ariane 5 qui mettrait 2 satellites de classe Proton en orbite d’un coup (12t de satellite plus 1t pour la SYLDA et les adaptateurs) soit 13 t de charge utile en orbite GTO. Mais aujourd’hui la limitation avec A5-ECA est à 10.3t et Ariane 5-ME ne mettra que 11.6 t en orbite GTO et manquera la coche (pour des raisons programmatiques stupides, notamment le refus de relever la hauteur du BAF, bâtiment d’assemblage final).

Enfin, un opérateur ne peut être éternellement fidèle à un lanceur, les commerciaux s’en donneraient à cœur joie pour lui faire payer à bon prix le lancement, et les opérateurs sont forcément obligés de faire jouer la concurrence (même problème que le duopole Airbus et Boeing). Proton est indispensable au marché, car il n’y a pas d’autre alternative à la GTO commerciale 6t (sauf Zenith Sea Launch il est vrai, en situation financière toujours très précaire, mais qui justement est très soutenu par les opérateurs de satellite pour casser le duopole Arianespace -ILS).

Au passage, les lanceurs Proton pour ILS n’ont pas de contrôle qualité meilleur, c’est du n’importe quoi de dire ça. Cela est vrai pour les Soyouz destinés au vol habité, mais pas pour Proton.

On pourrait rajouter aussi que Khrunichev modernise en permanence son lanceur Proton, aujourd’hui il vole en configuration Block-III (6150 kg en GT 1500 m/s), et a gagné plus de 1000 kg en 15 ans. Aujourd’hui, Proton prépare le block IV qui fera gagner encore 150 kg, et peut aussi mettre en orbite supersynchrone (« super GTO » avec mise à poste 1500 m/s) et donner 200 kg de plus au satcom. Au final, la perfo de Proton sera bientôt de 6500 kg, soit 1.5 t de gagné par rapport au Proton initial. Ce gain de perfo se paye aussi en fiabilité (c’est la réponse à votre « chercher ailleurs »).

Arianespace ne change quasiment rien depuis 10 ans, ce qui est un gage de fiabilité absolu. Mais le côté négatif de cela est que les jeunes ingénieurs fuient le système car il n’y a rien à développer. Enfin c’est une autre histoire…
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0 #2 @RobertNicolas 27-08-2012 14:57
Merci pour votre réponse très très intelligente à mon article complètement stupide.

Les arguments que vous avancez sont tous exacts. A quelques détails près :

  - sur les 15 derniers échecs de Proton, seulement 7 sont dus aux étages supérieurs récalcitrants. Il y a donc bien un problème de fiabilité à chercher ailleurs.
  - Le moteur HM-7B de l'ESC-A est plus de trois fois plus puissant que le S5.98M du Briz-M.

Malgré l'intelligence de votre commentaire, je n'arrive pas à comprendre pourquoi mon article est stupide "du début à la fin". Je prétends que le système de lancement Ariane, qui comprend le lanceur et les infrastructures , est plus fiable et plus performant que le système de lancement Proton.

Il est probable que si on lançait Proton depuis Kourou, tout changerait. Mais ce n'est pas le cas.

Si vous étiez client, vous préfèreriez voler avec Proton ? Quand votre satellite serait au fond de l'océan, vous vous consoleriez en vous disant que, après tout, la position géographique de Baïkonour est moins bonne que celle de Kourou ?
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0 #1 faux, faux et fauxRobert 24-08-2012 08:31
Article stupide du début à la fin.

Proton est plus puissante qu'Ariane 5, et lancé depuis Kourou mettrait plus de 10t en orbite GTO. Sauf que Proton est lancé depuis Baïkonour (latitude 45.6°), et il lui faut 950 m/s de plus à fournir aux satellites pour diminuer l'inclinaison de l'orbite de transfert qu'elle leur donne pour avoir au final une GTO équivalente en termes énergétiques à celle d'Ariane 5 (mise à poste à faire par le satellite de 1500 m/s). c'est pour cela qu'il faut au minimum 4 allumages de Brize.

La fiabilité d'Ariane 5 doit essentiellement aussi à la position géographique de Kourou : l'argument du périgée de l'orbite GTO de 178° (en gros apogée de l'orbite GTO sur l'équateur, à 2° près à cause des perturbations orbitales qui vont suivre)est atteint sans rallumage de l'étage supérieur !! Et ça ça simplifie tout le lanceur, et explique avant tout la fiabilité d'Ariane. Tous les échecs russes sont sur les étages supérieurs, à votre avis pourquoi ??

Pour Ariane 6, on veut justement se séparer du lancement double : trop contraignant pour les clients (l'un doit toujours attendre, et un satellite en orbite ça rapporte entre 3 et 5 millions de bénéfices par mois)...
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