Jeudi, 19. Octobre 2017
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Le reservoir d hydrogene d un ESC-A en preparation aux Mureaux (credit Astrium)Astrium et Air Liquide viennent de créer une société commune, EuroCryospace, qui aura pour mission de développer les réservoirs cryotechniques pour la nouvelle évolution d’Ariane 5.

Mais l’existence même de cette dernière est toujours menacée par l'Allemagne, qui souhaite sauter cette étape pour passer directement au lanceur de nouvelle génération.

Les spécialistes du froid au service d’Ariane

Dès le tout début du programme de lanceurs européens, Astrium (qui était encore l’Aérospatiale) s’était associé à la Direction des Technologies Avancées (DTA) d’Air Liquide pour le développement et la production des éléments cryotechniques des différents étages.

Sur Ariane 1 à 4, seul le troisième étage utilisait ce type de technologies. Mais pour Ariane 5, l’affaire devenait beaucoup plus complexe, car tout l’étage central fonctionne avec le mélange oxygène/hydrogène liquides. Le maintien à très basse température des quelques 520 000 litres d’ergols de son réservoir (RIE) représente alors un réel challenge. En 2002, l’ajout du nouvel étage supérieur ESC-A, utilisant la même technologie, complexifie encore le processus.

Des techniciens de Cryospace et d Astrium devant un EPC aux Mureaux (credit Capcomespace)C’est précisément en vue de la production d’Ariane 5 qu’Astrium et la DTA avait créé en mars 1988 un Groupement d’Intérêt Economique (GIE) appelé Cryospace (détenu à 55% par Air Liquide, et à 45% par Astrium). Un GIE, c’est une organisation à mi-chemin entre une association et une société.

Cryospace a construit avec Astrium le Site d’Intégration Lanceurs (SIL) des Mureaux, près de Paris, où les étages d’Ariane 5 sont fabriqués avant d’être expédiés à Kourou par les bateaux Colibri et Toucan de la Maritime Nantaise (MN). Quand la production de l’ESC-A a commencé, le site des Mureaux a pris en charge le réservoir d’hydrogène, mais le réservoir d’oxygène est quant à lui construit sur le site Air Liquide de Sassenage, en Isère.

Du nouveau pour Ariane 5 ME

A la dernière grande Conférence Ministérielle de l’ESA, en novembre 2008, les partenaires se sont engagés dans la phase de prédéveloppement d’une nouvelle version d’Ariane 5, appelée ME pour Mid-Life Evolution. Ariane 5 ME diffère de la version précédente par son étage supérieur, qui est beaucoup plus puissant et – surtout – réallumable.

Lors de cette fameuse Ministérielle de 2008, le programme avait été accueilli avec un certain engouement : 355M€ avaient été investis, alors que seulement 340M€ étaient demandés !

Le CNES et Air Liquide avaient alors lancé le programme HX visant à défricher les technologies dans le domaine cryotechnique qui seront nécessaires pour le nouvel étage d’Ariane 5 ME. La maîtrise du réallumage en apesanteur d’un moteur cryotechnique est en effet extrêmement complexe. Pour les besoins du programme HX, Cryospace a construit un banc d’essais dédié sur le site de Sassenage.

Le banc d essais HXG a Sassenage (credit Air Liquide)Mais la R&T ne fait pas tout. Une fois les deux phases de HX terminées, il faudra penser à la production du nouvel étage. Cryospace est un GIE, c'est-à-dire qu’elle a été créée dans un but bien précis. Pour développer un nouvel étage, et un nouveau site de production, il fallait créer un nouveau GIE.

C’est chose faite depuis le 12 mars dernier, jour où Astrium et Air Liquide ont annoncé la création d’EuroCryospace. Dédié à 100% à l’étage supérieur d’Ariane 5 ME, ce GIE devrait implanter son site de production à Brême, en Allemagne.

Le terrain a été acheté en décembre 2011, et le nouveau site, qui emploiera quarante personnes, devrait être opérationnel à la mi-2013. Les premiers réservoirs sortiraient de la chaîne de production en 2014.

Une annonce trop précoce ?

Il y a toutefois une ombre de taille à ce magnifique tableau. Si la phase de prédéveloppement d’Ariane 5 ME avait, comme on l’a dit, suscité un certain engouement en 2008, tout a changé depuis !

Depuis 2009, la France a commencé les études pour un successeur à Ariane 5, le NGL, surnommé « Ariane 6 ». Elle souhaite y passer directement, sans transiter par la case Ariane 5 ME. Tout le programme est donc menacé, et il faut attendre la fin de l’année pour qu’une décision soit prise.

L'Allemagne, où serait construit la majeure partie du nouvel étage supérieur, est au contraire très favorable à Ariane 5 ME. La compagnie franco-allemande Astrium, tiraillée par les deux côtés du Rhin, a récemment déclaré par la voix de son PDG, François Auque, que ne pas développer Ariane 5 ME serait "un crime"...

Tags: Air Liquide | Ariane 5 ME | astrium | Cryospace | EuroCryospace

Commentaires  

 
0 #7 Ben c'est du propreOlivier Moreno 08-04-2012 08:26
@ auteur.
Eh ben, quelle inversion des moteurs... Cela change quand même pas mal les perspectives levées dans l'article, cette conclusion.
Du coup, on peut s'interroger sur les logiques industrielles... :o
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0 #6 Correctionauteur 06-04-2012 19:30
Citation en provenance du commentaire précédent de albator:
Grosse erreur à la fin de l'article, c'est le gouvernement français et le CNES qui ne veut plus d'Ariane 5 ME et passer directement à Ariane 6.
L'Allemagne au contraire veut absolument A5ME !!!


Houlà ! Merci albator pour cette correction ! Je viens de corriger la fin de l'article. Voilà qui m'apprendra à écrire des articles tard le soir...
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0 #5 erreur dans l'articlealbator 06-04-2012 18:59
Grosse erreur à la fin de l'article, c'est le gouvernement français et le CNES qui ne veut plus d'Ariane 5 ME et passer directement à Ariane 6.
L'Allemagne au contraire veut absolument A5ME !!!
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0 #4 la france et l'europebenjamin 05-04-2012 17:06
@ nounours : la france s'européanise ? je suis pas sur.
j'etais sous traitant pour Thales Space il y a moins de 6 mois, pareil pour Astrium il y a quelque années, pour DTA il y a moins de 2 ans et je vais rejoindre OHB dans quelques mois. ca reste chacun pour soi.
chaque pays ne voit que les retours géographique, les entreprises bien sur jouent leur carte a fond (mais ca, je peut le comprendre).
il n'y a aucune vision de la filiere européene de l'espace, rien n'est coordonné et l'ESA est gangrénée d'un coté par ses financeurs qui ne voit que leur interet propre et de l'autre par le lobbying de certaines des compagnies.
Le travail entre allemands et francais est une catastrophe parce que chacun essaye d'imposer sa maniere de travailler, qui sont incompatibles ou presque, des fois on se croirait dans une cour d'ecole dans les réunion entre decideurs.

je rapelle que le principe du retour géographique implique souvent qu'au lieu de prendre les meilleurs composants, on prends ce qu'on trouve, meme si c'est de la "merde", et qu'on se retrouve avec des structures ou la communication est éxecrable parce que les acteurs sont imposés de l'exterieur.
ca devient le jeu du premier qui annonce le retard a perdu et devra couvrir les autres, et si il faut mettre les autres en retards sans se faire prendre pour couvrir son retard, ca se fait.
l'europe de l'espace est perdante a cause de la courte vue et de l'opportunisme (clientelisme) des dirigeants politiques.
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0 #3 RE: Création d’EuroCryospace : Astrium anticipe Ariane 5 MEFralipolipi 04-04-2012 13:24
@Nounours
Et pourtant si ..., la raison du manque d'argent est un des + gros éléments de réponse.

Les sociétés françaises ont globalement (tous secteurs confondus) des trésoreries déplorables en comparaison avec leurs homologues allemandes, surtout dans le tissu des PME et Moyennes à Grosses entreprises (dernière catégorie largement trop sous-représentée chez nous).

Les raisons ?
- charges sociales : les 35h n'ont pas aidé bcp (bonjour le boulet)
- trop de taxation sur les entreprises en France
- pas assez d'aide aux investissments

Du coup, dans un 1er temps, les boites françaises ont tiré au max sur leur trésorerie pour tenter de compenser, et depuis, cela fait des années qu'elles sont sur la corde raide, ... et que l'investissement industriel est en panne (ce qui, effet pervers addtionnel, fait ensuite prendre encore un peu + de retard en productivité/compétitivité face aux rivales allemandes).

Sans une aide majeure et très ciblée de l'Etat, dans bien des secteurs, ça va être très très dur à terme.

Heureusement, tout n'est pas lié qu'à ça, mais c'est le + gros handicap que je perçois à ce jour.
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0 #2 @MorenoNounours 03-04-2012 15:43
Tu mets le doigt sur un vrai problème, celui de l'image que l'Allemagne s'est forgée en France. Ce pays semble effectivement être un partenaire rétif et peu fiable et c'est justifié. Berlin décide aujourd'hui d'une politique qui n'arrange que ses propres affaires quand la France s'européanise... De plus, et c'est le cas notamment chez OHB, il y a un vrai problème de compétences. S'ils savent faire de très bonnes voitures, il en est autrement de l'industrie aérospatiale. Tu n'as qu'à voir l'Eurofighter 8) Bref, la question que j'aimerais poser est plus pourquoi la France continue de perdre des contrats pour son industrie nationale au profit d'une nation incapable ? Je précise que la réponse qui consiste à dire qu'il n'y a pas assez d'argent en France n'est pas valable :lol:
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+1 #1 Sein or nicht SeinOlivier Moreno 28-03-2012 10:49
Ce serait bien de comprendre la réelle logique des Allemands, si vous aviez des sources d'information, parce qu'ils donnent souvent l'impression d'être des partenaires rétifs ou peu fiables (ce qui est un paradoxe par rapport à l'image qu'ils se sont forgés).
A380, A400M, et maintenant Ariane 5. Certes à chaque fois il s'agit de situations différentes, mais sans explications complémentaires on risque l'amalgame. :-*
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