Aeroplans - Ravitailleurs USAFLa nouvelle est tombée via le Wall Street Journal, l’affaire des tankers de l’USAF pourrait bien être relancée alors même qu’elle avait était mise en suspend lors des élections américaines pour la présidence. Une affaire complexe et qui a fait couler beaucoup d’encre. Au centre de ce remue-ménage un méga contrat pour le renouvellement de la flotte des ravitailleurs de l’armée de l’air américaine USAF. Un contrat de 40 milliards de dollars soit 179 avions que se disputent l’américain Boeing et un consortium franco-américain constitué d’EADS et de Northrop Grumman. Chacune des parties prenantes aura joué au maximum de son influence et des techniques d’intelligence économique. Ceci à tel point qu’aujourd’hui l’USAF se retrouve dans une impasse entre intérêts économiques et politiques et son besoin de plus en plus urgent de renouveler sa flotte.

 

 

Aeroplans - A330 MRT et A310

 

Selon le journal américain donc, cet épisode à rebondissements pourrait bien finir sur un statu-co inédit. En effet, le Congrès aujourd’hui majoritairement démocrate pourrait bien trancher la poire en deux et attribuer ce méga contrat aux deux joueurs. Ainsi, les deux parties prenantes seraient victorieuses même si le montant remporté ne serait plus aussi pharaonique qu’espéré. Cependant, beaucoup d’observateurs ne peuvent s’empêcher de croire qu’il vaut mieux avoir la moitié d’un contrat que pas du tout. Compte tenu de la tournure prise par les évènements, l’attente d’un troisième appel d’offre ne serait une bonne nouvelle ni pour les industriels ni pour l’USAF. Finalement, le grand vainqueur d’une telle décision de la part du gouvernement fédéral serait le tissu industriel américain. Dans un contexte particulièrement tendu, l’engagement pris par EADS/Northrop et Boeing de produire les avions sur le sol américain serait une excellente nouvelle. Pour le peuple américain, un tel dénouement serait source d’emplois et de création de richesse même plus important que si seul Boeing ou EADS/Northrop remportait le contrat.

Pendant ce temps là, l’A330 MRT continu d’évoluer. Pour le compte de la Royal Australian Air Force, EADS devrait bientôt valider la possibilité de ravitailler le ravitailleur en vol. Même si Boeing espère bien pouvoir proposer son B777 ravitailleur si le temps le lui permet, l’avance de l’A330 devient de plus ne plus incontestable.

Aeroplans - ravitailleurs USAFCe dossier illustre au mieux l’évolution des affrontements économiques au niveau mondiale. Pour des contrats énormes, la compétition entre deux firmes mondiales peut rapidement tourner à un affrontement total et sans pitié. C’est également l’illustration de l’application de plus en plus formalisée d’outils tels que l’influence, le lobbying ou la compétition informelle. Rappelons que c’est déjà deux appels d’offres qui ont capoté. C’est d’abord Boeing qui aura était mis en cause pour malversations avérées. Ensuite, et c’est plus originale dans un monde qui se veut libéral, EADS/Northrop était déclaré vainqueur puis écarté par la cours des comptes américaine (GAO) qui craignait que les intérêts américains soient menacés ou en tout cas compromis par l’attribution d’un tel contrat à un consortium en partie étranger. Dans tous les cas, la décision peut-être à venir de séparer cette énorme commande en deux pourrait bien coûter plus cher à la défense américaine. Et c’est bien logique puisque deux types d’appareils induisent des coûts de maintenance et de formation des équipages multipliés par deux. Si cette décision était prise, cette affaire illustrerait parfaitement que parfois les actions d’influence peuvent supplanter les impératifs économiques et politiques.