Aeroplans - Rencontre entre Morales et Hu JintaoDepuis la fin de l’année dernière, nous savons par voix officielle que la Chine se propose d’aider la Bolivie à acquérir son premier satellite de télécommunications. A première vue, la nouvelle a de quoi étonner puisque la Bolivie reste encore un des pays les plus pauvres d’Amérique du sud. D’ailleurs, force est de constater que l’opposition politique du pays s’insurge de cette future dépense estimée à 300 millions de dollars.

Or, le président bolivien Evo Morales continue de justifier son choix. Le satellite pourrait effectivement permettre au pays de se développer plus vite qu’il ne le fait actuellement. Un argument qui laisse d'abord perplexe, mais pas quand on regarde qui se propose aujourd’hui d’aider la Bolivie. C’est effectivement en marge de la dernière grande assemblée des Nations Unis à New York que Hu Jintao, le président chinois, s’est engagé à aider son homologue bolivien. Ainsi, le satellite devrait être construit puis mis en service grâce à cette nouvelle puissance spatiale qu’est la Chine.

 

 

Un enjeu majeur pour les Chinois.

Sans remettre en cause les desseins œcuméniques de la Chine à travers le monde, le pays devrait également financer en grande partie le satellite. Si l’on ne peut encore que penser que cela se fera sous forme d’avances remboursables, l’effort est plutôt sympathique de la part de Pékin. Mais n’y aurait-il pas d’autres motivations derrière ce cadeau ?

Guerre du lithium ou soucis d’œcuménisme ?Aeroplans - Salar de Uyuni

Sans en recevoir de confirmation officielle, on peut tout de même raisonnablement penser que la récente course au lithium dans le monde en est pour quelque-chose. La Chine, second producteur de cette matière désormais précieuse, n’a en effet pas pour habitude de laisser ses concurrents remporter des marchés sans user de l’influence que le monde veut bien lui prêter.

Rien que pour devenir le second producteur mondial derrière le Chili, la Chine a du maintenir l’incertitude dans la région du Tibet, où se trouvent ses sites d’extraction de lithium. Or, la ressource est de plus en plus importante. Annoncé comme un des pivots de la future industrie de la voiture électrique, ou encore des nouvelles technologies nucléaires, le lithium a aussi vu son court exploser ces dernières années.

L’enjeu pour un approvisionnement correct dans le monde devient une priorité. C’est ainsi que la France est tout à fait bien positionnée sur le créneau bolivien via le groupe Bolloré. Avec son partenaire minier Eramet, les Français ont signé en septembre dernier un partenariat technique avec La Paz. S’il ne s’agit pas d’un accord définitif, le groupe français semble en tout cas bien positionné face à ses concurrents venus du monde entier, mais principalement asiatiques (Japon et Corée du sud).

Or, depuis la nationalisation de la ressource par le président Morales, la guerre du lithium en Bolivie ressemble aussi à une course à qui pourra charmer le président au plus vite. Inutile de rajouter que les Américains sont hors course et que les autres pays capitalistes auront du mal. Ainsi, la Chine communiste peut abattre beaucoup de cartes pour plaire en Bolivie. En tout cas, ce serait un formidable pied de nez aux occidentaux et à leurs concurrents asiatiques que de pouvoir rafler la mise dans le désert de sel d’Uyuni soit, le tiers des ressources mondiales en lithium estimées.

Aeroplans - Lancement de NigComSat Ou regagner de l’influence en Amérique Latine ?

Pour Evo Morales, l’enjeu est également de regagner en influence dans le monde et plus particulièrement en Amérique Latine. On sait ce continent en proie à une violente rébellion contre l’influence, mais aussi l’ingérence états-unienne. Or, les Américains n’ont pas dit leur dernier, mot comme le prouvent les récentes joutes au Brésil contre la vente du Rafale ou le renforcement des forces armées en Colombie. Plus globalement, si elle arrive à bien contrôler cette ressource aussi rare que précieuse, la Bolivie va pouvoir gagner en hauteur sur le plan international. Ceci d’autant plus que l’UNASUR (Union des nations sud-américaines) pourrait constituer un cartel sur le model de l’OPEP mais pour le lithium. Avec le Chili et l’Argentine, ce pôle d’influence serait extrêmement puissant. L’Amérique du sud déteindrait 70% des ressources mondiales de lithium. Compte tenu de l’enjeu pour les nations du monde entier, inutile de dire que le président Morales joue gros.

Dans ce contexte économique et politique bolivien, la question de l’offre chinoise pour la fourniture d’un satellite de télécommunications semble fondée, même si elle n’explique évidemment pas tout. Ce ne serait en tout cas pas la première fois que la Chine offre ses services à des nations dans le besoin mais au fort potentiel. On se rappelle alors tout simplement de l’affaire nigériane dont nous avons déjà parlé, celle de NigComSat 1R. Ainsi, la toute nouvelle capacité de la Chine à produire et mettre en orbite des engins spatiaux n’a a priori pas que des objectifs scientifiques ou commerciaux mais servirait des intérêts stratégiques. Si l’on ne comprend pas toujours pourquoi il est nécessaire d’allouer des crédits à la recherche spatiale en Europe, voici une belle illustration de ce que font nos concurrents.

Michael Colaone.

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