Aeroplans - Rafale M  © Frédéric Lert / Safran  Alors que les regards se tournent bien souvent vers des appels d’offres plus médiatiques, la course aux armements en Amérique Latine ne désemplie pas d’histoires. Des cas dans lesquels s’affrontent les Etats-Unis, la Russie, l’Europe ou encore la Chine pour la conquête de marchés de tailles parfois bien différentes mais tous dynamiques. Outre le contrat brésilien pour lequel le Rafale concours, c’est au Venezuela, en Bolivie, au Chili ou encore au Pérou que la crème des marchands de matériel de défense s’affrontent.

Traditionnellement considérée comme sphère d’influence américaine, ces derniers mois ont surtout prouvés que l’Amérique du Sud a ouvert ses circuits d’approvisionnement à la concurrence mondiale. Une affirmation peut-être difficile à croire quand on suit l’appel d’offres brésilien pour le renouvellement de la flotte de la FAB mais pourtant bien réelle.

 

Aeroplans - Rafale B

Le Brésil toujours sous l’influence américaine cherche à s’émanciper.

Au Brésil, si le Rafale est annoncé favori, la contre-attaque américaine inquiète en France. Depuis que le choix aurait été officieusement fait par les politiciens brésiliens, les Américains ont redoublés d’efforts en activant tous leurs réseaux. Hommes politiques, militaires ou industriels, tous observent les efforts déployés par Washington pour rétablir l’ordre au Brésil. Dernier coup d’éclat en date, la signature d’un accord de défense entre les deux pays. Si les Français avaient pris de l’avance en signant un accord stratégique en septembre dernier, les Américains pourraient très bien faire une meilleure offre tel que ce fut déjà le cas au Maroc où le Rafale partait là aussi gagnant. N’oublions pas que même si le Rafale aurait été choisi par l’exécutif brésilien, il faudra encore plusieurs mois pour qu’une décision soit effective. Un temps que les Américains semblent bien disposés à mettre à profit pour Aeroplans -  F/A-18 Boeingcontrecarrer les plans français. La France et Dassault Aviation, deux cibles qui restent une des priorités de Washington pour dominer le marché des avions de combat mondial.

En attendant, les industriels français qui ont besoin de ce contrat pour maintenir le cap dans l’aventure Rafale voient d’un mauvais œil l’attitude combative américaine (voir suédoise avec le Gripen NG). Une situation d’autant plus inquiétante que l’Elysée est de plus en plus taxée d’inaction et d’excès de confiance sur ce dossier jugé « acquis ». Mais attention car au-delà des Américains ou des Suédois, les Russes sont toujours prêts à en découdre. Le Brésil a ainsi reçu ses trois premiers hélicoptères Mi-35M. En 2008, Brasilia avait commandé 12 machines de ce type pour un montant de 150 millions de dollars. Cette version modernisé du Mi-35 prend le doux nom de AH-2 Sabre au Brésil et continue d’assurer le pays dans sa démarche pour devenir la puissance dominante dans la région tout en gagnant son indépendance.

Aeroplans - LANProfiter de l’expansion sud-américaine.

Pendant que les Français se disputent à savoir si l’Elysée est effectivement ou non en roue libre sur le marché brésilien, Russes et Américains pensent plus largement aux autres marchés de la région. Déployant de plus en plus de personnel et donc de savoir-faire sur le continent, ils font de l’ombre aux espoirs du vieux continent. Pourtant, le marché est jugé dynamique pour les Européens eux-mêmes. Ainsi, chez Airbus on espère vendre 200 nouveaux avions sur cinq ans en Amérique Latine. Sur 20 ans, la croissance de la demande pour des avions de ligne dans la région dépasse les 5% par an. C’est vrai qu’à bien regarder le dynamisme d’une compagnie comme LAN (membre de One World) qui contribue aux 250 avions déjà en commande pour ce continent, on comprend mieux le potentiel de ce marché. En tout, ce seraient plus de 1 700 appareils qui pourraient trouver preneurs dans les vingt prochaines années compte tenu d’un trafic "exceptionnel". "C'est l'équivalent de 150 milliards de dollars (110,8 milliards d'euros) de ventes" affirme Rafael Alonso, vice-président des activités du groupe en Amérique latine et dans les Caraïbes.Aeroplans - Dassault Falcon 900EX

Présentes dans la région, les équipes de Dassault Aviation entendent bien tirer bénéfices de cette croissance. Outre son matériel de défense, le groupe français peut aussi abattre des cartes dans le domaine civil. Ainsi, un Falcon 900EX vient d’être acquis par la Bolivie. Si l’affaire n’est économiquement pas un miracle, elle peut être considérée comme un beau symbole de ce qui peut être fait dans la région. Au-delà de cette vente, il est bon de rappeler que le gouvernement bolivien négociait depuis des mois avec Moscou pour l’achat d’un Antonov. Finalement, c’est ce Falcon qui servira aux voyages présidentiels. Un pied de nez sympathique alors que la Bolivie est toujours en proie à une concurrence internationale intense. Sont notamment en jeu les réserves de lithium du pays pour lesquels des concurrents venus du monde entier, mais principalement asiatiques (Japon et Corée du sud) sont prêts à tout. Rappelons-nous de la Chine qui va jusqu’à offrir ses services spatiaux pour se faire bien voir à La Paz.

 

Berlin et Lima vers une coopération accrue.Aeroplans - A-29 Super Tucano

Plus au nord, le Pérou attise l’appétit de nos voisins allemands. Ainsi, un accord stratégique de partage dans le domaine de la défense vient d’être acquis. Depuis 30 ans, Berlin est passée maitre dans l’art de fournir les armées du continent sud-américain en matériel conçu et construit en Allemagne. Au Pérou, les équipes allemandes se basent sur un passé harmonieux avec les « Fuerzas Armadas del Perú ». Entre autres, des sous-marins de classe 209 naviguent depuis plus de 25 ans dans les eaux péruviennes et furent récemment modernisés.

La stratégie appliquée à Lima est des plus judicieuses. Berlin veille à faire participer son allié aux programmes de défense tout en développant de bonnes relations commerciales globales. Une bonne nouvelle pour le franco-allemand Eurocopter qui équipe l’armée péruvienne avec des hélicoptères Bo105 LS. Les deux pays comptent bien s’appuyer sur ces relations de confiance pour moderniser l’armée locale. Sont alors envisagés différents types d’armements terrestres, des progrès dans les télécommunications et même des avions de combat légers. Le Pérou s’est déjà porté acquéreur d’une douzaine d’A-29 Super Tucano bien connus par les industriels allemands. Ces appareils seront surtout utilisés pour la lutte anti-narcotique.

Michael Colaone.

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