Aeroplans - Sukhoi SuperJet 100Si des avions étaient attendus pour cette 48ème édition du salon du Bourget, le SSJ-100 du russe Soukhoï en faisait partie. Pour ses premiers vols en public, le biréacteur n'a certes pas bénéficié d'une météo parfaite mais d'un soutien français important. Avec un objectif de 150 commandes fermes d'ici à la fin de l'année, l'avionneur compte devenir un poids lourd de l'aviation civile sur ce segment. Grâce à une stratégie innovante et une envie de vendre tout simplement héritée du caractère russe, le SuperJet va sûrement faire parler de lui pendant longtemps.

Le SSJ-100 un avion « low cost » ?

Nous connaissions les Russes plutôt renfermés sur eux-mêmes lorsqu'il s'agissait de développer une technologie de pointe. Il semblerait que ce temps là soit révolu. L'avion régional SuperJet est en effet le fruit d'une coopération internationale assez innovante puisque les Russes sont allés choisir les composants de l'appareil un peu partout sur la planète.

 

Aeroplans - Sukhoi SuperJet 100Mettant ainsi en compétition les fournisseurs, Soukhoï peut aujourd'hui se prévaloir d'une chaîne d'approvisionnement particulièrement économique. Utiliser le jeu de la concurrence était une excellente idée puisque les acteurs voulant décrocher le contrat ont tout fait pour le tirer vers eux. De plus, les Russes n'ayant jamais développé ce type d'appareil auparavant n'ont pas eu à faire des efforts de R&D particulièrement importants puisque les technologies viennent d'ailleurs. Soukhoï joue parfaitement le jeu de la concurrence dans une économie mondialisée.


De 35 à 45% moins cher que la concurrence (comptez 27,8 millions de dollars pour une appareil), voilà l'atout le plus important de cet appareil auquel il faut rajouter de 10 à 15% d'économies sur les coûts d'exploitation comparé à la concurrence. Le schéma décrit précédemment permet en effet à l'avionneur de baisser considérablement ses prix. Les deux leaders mondiaux que sont Embraer et Bombardier ne jouant pas le même jeu. Si le prix de l'appareil devient alors des plus attractif, il pourrait être attaqué sur ses capacités techniques. A ceci prêt que l'appareil est doté d'excellents composants puisque, par exemple, Thales, Safran et Snecma fournissent Soukhoï. Si le SSJ-100 est un « low cost », c'est un « low cost » qui saura sûrement voler.


Un quart de parts de marché d'ici trois ans ?


Aeroplans - ARJ-21Les Russes ont l'habitude de voir les choses en grand. L'ambition soutenue par le Kremlin est simple : détenir au moins 20% du marché d'ici 2012. Autant dire que le Brésilien Embraer et le Canadien Bombardier doivent suivre l'affaire de prêt. Leaders mondiaux sur ce segment, la différence de tarif risque d'être salée. De plus, Soukhoï va bénéficier de la forte influence russe à travers le monde et tout particulièrement en Europe de l'est et en Asie. Il s'agira surement d'ailleurs d'une guerre ouverte que vont se livrer ces acteurs puisque la Russie menace déjà de fermer le marché intérieur à l'avionneur brésilien sous prétexte de protéger la croissance de son industrie nationale.


En Asie la future concurrence s'organise aussi en Chine. L'ARJ-21 continue de grandir dans un pays dont le marché national est plus important qu'en Russie. Des mesures protectionnistes similaires sont évidemment à imaginer. Si les Chinois pourront sûrement jouer dans la même grille tarifaire que les Russes, ils ne pourront pas se vanter d'avoir glané des composants de bonne qualité à travers le monde. Si le prix est une chose, les Chinois vont devoir donner la preuve de la qualité de leurs avions peut-être plus que les Russes. De leur côté, Airbus et Boeing ne sont pas directement concernés par la révolution SuperJet. A ceci prêt que l'évolution des transporteurs qui consiste de plus en plus à utiliser plusieurs hubs et donc à réaliser des vols plus courts avec moins de passagers pourrait les pénaliser.


Une coopération franco-russe importante.

Aeroplans - Sukhoi SuperJet 100Lors du salon du Bourget la ministre Christine Lagarde ne tarissait pas d'éloges pour l'avion russe. Fait étrange alors que l'on critique souvent le manque d'implication des officiels français dans la vente d'avions européens. Il faut cependant admettre que les Russes sont de bons clients. Les industriels français fournissent bon nombre d'équipements pour un appareil que l'on dit confortable, peu bruyant et compétitif. Les moteurs sont construits par PowerJet codétenue à 50% par Snecma et à 50% par NPO Saturn, le PDG de la société est d'ailleurs un ingénieur français. Il demeure que Soukhoï doit être traité avec beaucoup de prudence au sein d'une stratégie assez peu connue des français, une stratégie de coopétition.


Les russes s'ils sont aujourd'hui des clients ne cachent en rien leur désir de devenir un acteur mondial et surtout indépendant. La stratégie appliquée au SSJ-100 si elle est performante permet également à l'industrie russe d'apprendre de ses voisins.